La pauvreté quantitative et qualitative de l’offre francophone de contenus numériques disponibles ne doit pas masquer les initiatives significatives prises par les groupes éditoriaux français cette année. L’offre numérique Gallica2 de la BnF, dans sa phase initiale, permet aux éditeurs, aux agrégateurs, aux diffuseurs et distributeurs ainsi qu’à quelques libraires d’expérimenter les processus de fabrication, puis de commercialisation des livres numériques. En complément de l’offre du domaine publique, Gallica2 propose un accès à plusieurs milliers d’ouvrages sous droits de plusieurs centaines d’éditeurs en partenariat avec dix agrégateurs à qui ces éditeurs ont confié la distribution numérique de leurs ouvrages. Certains agrégateurs (Numilog-Titelive) ont ainsi développé des partenariats techniques et commerciaux avec quelques libraires traditionnels en leur permettant d’ouvrir leurs librairies numériques en marque blanche.

Le marché numérique (1% du marché total du livre aux États-Unis) impose à chacun des niveaux d’investissement importants pour des recettes très médiocres et un chiffre d’affaires encore anecdotique. Nous sommes donc bien en phase d’expérimentation et/ou de pré-industrialisation.

1. De la nature des contenus numériques

Le « livre » numérique : tentative de définition

La question du statut juridique du « livre numérique » est un préalable à toute réflexion et à toute proposition. En effet, contrairement au livre imprimé, il n’existe pas de définition du « livre numérique ». Le produit numérique peut en effet varier :

- En fonction de la part du contenu de l’œuvre qui est proposée (intégralité, parcellaire, voire compilations d’œuvres différentes, bonus, etc.)

- En fonction de l’utilisation qui en est faite : téléchargement/vente individuelle ou abonnement/acquisition pérenne ou temporaire, utilisation limitée à un ou plusieurs supports ou illimitée, etc.

Le « livre numérique » est donc multiple : du livre physique « dupliqué » ou re-matérialisé en format numérique (permettant à l’œuvre de vivre sous différentes versions et différents prix) à l’e-book (XML) produit directement pour une existence en ligne, au livre audio, en terminant par l’hybridation des modèles (livre papier et/ou livre papier « augmenté » d’un contenu numérique).
La définition d’un statut du « livre numérique » ne sera rendue possible que dans un espace de concertation interprofessionnelle.

Les différentes sources de fichiers

Les fichiers peuvent provenir de sources multiples car les conditions actuelles d’archivage et de circulation des données peuvent entraîner des duplications des fichiers dans les entrepôts numériques. C’est un des dangers qu’il faut combattre. Les éditeurs s’organisent actuellement pour reprendre la main sur leurs fichiers « sources » et les gérer eux-mêmes : en interne dans les maisons comme chez leurs prestataires, principalement les imprimeurs.

Pour les titres anciens, le fichier « source » est le PDF résultant de la rétro-numérisation des fonds pour les titres anciens (campagne engagée actuellement dans tous les grands groupes). Cette rétro-numérisation est coûteuse et suppose une stratégie de re-exploitation des fonds ainsi traités. Le PDF image est transformé en PDF e-book. Le processus allant du massicotage des livres, au scannage, à l’ « océrisation » (reconnaissance des caractères), traitement des images (qualité image), à l’établissement des tables de correspondances.

Pour les ouvrages récents et les nouveautés, le PDF imprimeur résultant du processus de fabrication est conservé en interne. L’opération de transformer (XML) un PDF imprimeur en PDF e-book est alors moins coûteuse pour l’éditeur. Le fichier étant d’excellente qualité pour toutes sortes d’exploitation. Pour autant, à l’arrivée, il n’existe pas pour le consommateur de formats de fichier unique qui se transporte et se lit, quelque soit le matériel. Un livre numérique existera en format PDF (Adobe), en format PRC (MobyPocket Amazon), en format LIT (Microsoft), etc.. (Cf: formats disponibles sur Numilog)

Quel industriel parviendra, à terme, à imposer sa norme ? Le format standard e-pub (XML) défendu par IDPF sur lequel s’appuie Adobe (acteur majeur et monopolistique du marché de la fabrication) pourrait-il être retenu ? Une « guerre » des formats entre les mastodontes du secteur est à prévoir sous peu.

Publié par admin le 9 juin 2008
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