Les grands groupes éditoriaux investissent progressivement le marché du numérique. La numérisation de leurs catalogues est en cours : certains de leurs titres sont proposés ici ou là à l’achat sous forme numérique via des agrégateurs comme Numilog, Cyberlibris, Titelive ou des portails comme Gallica2. Mais les éditeurs songent, à présent, à développer leur propre interface pour proposer eux-mêmes, ces contenus. La librairie exprime ainsi ses craintes devant l’importance des investissements que cela représente pour ces derniers et de voir les éditeurs être de plus en plus motivés pour vendre leurs contenus sans passer par les intermédiaires traditionnels du commerce du livre.

Ce risque n’est pas nouveau. Le livre imprimé a toujours fait lui-même l’objet de ventes directes de la part des éditeurs. La librairie n’a jamais cessé d’être vigilante concernant ce problème et se montre intransigeante pour contrer cette pratique déloyale qui, si elle peut être encore accomplie, l’est de manière très marginale en dehors de certains secteurs éditoriaux spécifiques (scolaire et universitaire).

Dans le cas de contenus numériques, les éditeurs pourraient être tentés, de par le souci de rentabiliser leur investissement dans la numérisation, d’opérer ces ventes faciles pour eux et, évidemment, lucratives. Dans un premier temps, il ne serait donc pas étonnant de repérer sur certains sites d’éditeurs une telle pratique. Pour autant - et d’après les discussions qui ressortent de nos rencontres - les choses sont plus complexes.

D’abord, aucun éditeur ne semble imaginer que la librairie ne joue plus son rôle de prescripteur pour le livre. Il apparaît que les éditeurs, dans leur ensemble, trouvent important que la librairie continue à promouvoir et vendre des livres avec les compétences qui lui sont reconnues. Ensuite, aucun éditeur n’imagine exclure lui-même la librairie du commerce du livre, aussi numérique soit-il. Bien au contraire, les éditeurs rencontrés souhaitent plutôt que la librairie s’investisse davantage sur le marché du numérique afin de pouvoir commercialiser ces nouveaux contenus. Enfin, les éditeurs sont souvent réalistes. Ceux avec lesquels nous avons abordé la question, estiment que les libraires ont une réelle influence sur le marché du livre et les clients, bien plus qu’eux-mêmes pourraient en avoir s’ils s’adressaient directement à ces derniers. Aussi, ils envisagent plutôt de continuer à travailler avec les libraires pour développer le marché des contenus numériques comme ils l’ont toujours fait jusqu’à présent pour développer le marché des livres imprimés.

Ces discussions laissent donc ressortir le souhait des éditeurs de voir enfin la librairie opérer un véritable investissement dans le numérique, tel qu’eux-mêmes l’effectuent, pour réagir au processus de la numérisation qui a lieu afin de s’adapter et d’y répondre. Beaucoup d’éditeurs attendent le commencement de cet investissement dans le numérique de la part de la librairie. Et c’est le niveau de cet investissement qui limitera précisément le risque de voir s’instaurer des ventes directes.

Publié par admin le 8 juin 2008
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Hubert Guillaud on paragraphe -1:

Sans compter que vendre ses contenus sur un seul site – celui de l’éditeur – c’est comme vendre des Paolo Cohelo dans une seule librairie.

Et non, sur l’internet, le monde entier ne vient pas à soi. Il faut démultiplier les contenus pour qu’ils aillent partout.

25 juin 2008 16:55
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