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Les ventes de contenus numériques sont faibles dans l’ensemble des pays qui les produisent (de l’ordre de 0,1% du marché aux États-Unis). En France, le marché des contenus numériques ne représente qu’une micro-économie dont le chiffre d’affaires n’est pas encore significatif (par exemple, Gallimard n’a réalisé que 5.000 € de ventes avec Numilog1). Toutefois, le problème de la faiblesse actuelle des ventes de contenus numérique semble différent selon les pays. L’offre francophone est, en effet, encore pauvre. Dans les pays anglo-saxons, c’est l’inverse : elle y est florissante. Au Japon, le marché est plus significatif grâce au téléphone portable qui sert déjà depuis longtemps de reader2. En Chine, le succès de certains romans « du pouce » sur les téléphones (qui ont d’ailleurs poussé des éditeurs traditionnels à les publier en version papier) a rendu populaire et dynamisé l’écriture numérique ainsi que l’offre de contenus.
1 Cf. les propos d’Antoine Gallimard dans Fabrice Piault, « Hachette distributeur numérique », Livres Hebdo, 9 mai 2008.
2 Marie Kock, « Ton roman sur mon portable », Livres Hebdo, 5 octobre 2007 : « Les Japonais sont accros depuis plusieurs années aux livres sur téléphones portables. D'autres pays se sont lancés. La France, elle, semble moins attirée ».

Dans les pays francophones ou anglo-saxons, il existe des sites Internet dédiés à l’offre de textes en ligne à télécharger et généralement disponibles aux formats Adobe et MobiPocket. Aux États-Unis, il existe même une liste des meilleures ventes e-book. Pour autant, les ventes de contenus numériques ne décollent pas davantage là-bas qu’en France : les chiffres de IDPF montrent qu’entre 2002 et 2007 les ventes annuelles de téléchargements sont seulement passées de 2 M $ à 7,5 M $ ( Chiffres tirés du rapport Embracing the Digital Age : An Opportunity for Booksellers and the Book Trade, Booksellers Association of UK & Ireland). Il semble donc que le problème soit davantage lié au nécessaire changement des pratiques et à la nature des contenus proposés plus qu’à leur abondance ou leur variété. Ainsi, les recettes actuelles provenant des ventes de contenus numériques, sous quelque forme que ce soit (téléchargements pour lecteurs électroniques, téléchargements audio ou conteus délivrés par ordinateurs) restent plutôt médiocres. Cette inertie s’explique en grande partie par les raisons suivantes :

- Quelle que soit l’offre disponible, il n’y a pas encore d’effet de « masse critique » : seule une poignée d’éditeurs français produisent des contenus numériques et de larges domaines sont encore trop sous-représentés (la Littérature notamment).

- Les contenus disponibles sont difficiles à découvrir et à acheter : en France, il existe seulement trois « grands » distributeurs de livres numériques : Cyberlibris, MobiPocket et Numilog (racheté par Hachette en mai 2008 (Fabrice Piault, « Hachette distributeur numérique », art. cit. : « En reprenant Numilog, le numéro un de l’édition française va pouvoir offrir d’ici douze à dix-huit mois plusieurs milliers de titres en version numérique, indique son P-DG, Arnaud Noury. Il souhaite que sa plate-forme de distribution numérique continue à servir aussi les éditeurs extérieurs au groupe ».) L’offre numérique de Titelive n’est pas encore significative. Pour susciter la demande de la part des consommateurs, il faudrait que les livres numériques soient accessibles via les filières traditionnelles (e-détaillants) qui existent déjà et auxquelles les clients s’adressent aujourd’hui pour acheter leurs livres.

- A la différence du iPod pour la musique, il n’existe encore aucun dispositif portable de lecture de livres numériques qui ait vraiment enthousiasmé les consommateurs. La raison de ce peu d’enthousiasme tient au prix des lecteurs (ils sont souvent perçus comme étant chers) mais aussi au manque de capacités des appareils existants (lenteur d’affichage, conditions de lecture difficiles, etc.). Cette situation est peut-être sur le point de changer avec l’apparition du Kindle d’Amazon… dont l’arrivée en France est annoncée pour la fin de l’année. Le décollage du marché de contenus numériques tient pour beaucoup à la popularité d’un lecteur comme le iPod.

- De gros problèmes de gestion numérique des droits (DRM - Digital Rights Management) subsistent. La profession a besoin de disposer d’un système simple et efficace afin de protéger ses auteurs et ses éditeurs lors de la vente de matériel sous droits en format numérique. Les consommateurs, quant à eux, ont besoin d’un système simple et léger qui leur permet un usage multiple du dispositif tout en assurant aux auteurs et à leurs éditeurs, une protection des droits et une compatibilité multi-plate-formes (ceci afin d’éviter le piratage, en particulier la diffusion de fichiers partagés non-traçables).

Publié par admin le 8 juin 2008
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Commentaires

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C. Hagl on paragraphe -1:

Plus une différence majeure qui semble être oubliée de beaucoup de comparaisons entre le livre et le disque: la musique enregistrée a toujours nécessité un appareil afin d’être ‘consommée’. Du tourne-disque à l’iPod il n’y a qu’une évolution technologique. En revanche, le passage du livre imprimé (qui se suffit à lui-même) au livre électronique implique un changement fondamental dans la conscience collective du statut du livre, qui de ‘objet sacré’ passe à ‘contenu numérique’.
Sachant en plus que le livre n’est pas un objet de mode, il faudra sans doute plus que l’apparition d’un appareil aux caractéristiques techniques et à l’ergonomie équivalentes de l’iPod pour déclencher la révolution numérique du livre…

23 juin 2008 5:27
C. Hagl on paragraphe -1:

comptabilité ou compatibilité?

23 juin 2008 5:33
Hubert Guillaud on paragraphe -1:

Ah, le dispositif portable qui va tout résoudre ! C’est mal comprendre le fonctionnement de l’iPod, justement. L’iPod fonctionne avec un logiciel et une bibliothèque de titre, qui se trouve… sur l’ordinateur oui. Bien que central, le dispositif portable n’est là qu’en complément, qu’en libération. Et si l’avenir du livre au format électronique était l’inverse. C’est le dispositif logiciel qui manque…

25 juin 2008 16:50
Hubert Guillaud on paragraphe 1:

Bien sûr, vu les prix pratiqués ! Comment vendre des livres numériques alors que bien souvent ils sont proposés aux prix du papier.

Est-ce vraiment le mobile qui fait décoller l’offre au Japon ? Ou le prix des livres au format électronique ? Même chose dans les pays anglo-saxons. L’abaissement du prix fait décoller la demande. Et encore, je ne parle pas de ceux qui offrent leurs livres électroniques gratuitement…

25 juin 2008 16:52
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