1. Une présence des libraires sur Internet : Les libraires motivés à être présents sur la distribution de contenus numériques doivent disposer d’un site internet. D’une part, il est acquis que le Web est un moyen de communication et de promotion indispensable aujourd’hui. D’autre part, il est essentiel de proposer à sa clientèle ce moyen de transaction. Le projet porté par le SLF de mutualiser les moyens d’investissement des librairies, quelle que soit leur taille, pour fonder un « Portail » de la librairie indépendante est, à ce titre, une initiative essentielle dont la réalisation est très attendue par la profession.

2. Un enrichissement maximal des contenus présents sur les sites de librairies : Les librairies devront pouvoir assurer, sur leurs sites, une information dynamique et attractive à destination des usagers. Ils devront développer sur le Web les compétences mises au service des clients dans leurs librairies et communiquer sur leurs actions en direction des éditeurs. Cette mutation devrait amener les libraires à associer leurs propres sources d’enrichissement de contenus à celles qui proviennent de bases de données bibliographiques professionnelles et à des éléments issus des catalogues et des sites d’éditeurs ou d’auteurs. La PLV des éditeurs à destination des libraires devrait être ainsi mise à disposition dans des « entrepôts » en ligne gérés par les diffuseurs et les distributeurs afin de permettre aux libraires de l’utiliser sur leurs propres sites internet. Les aspects juridiques consécutifs à cette mise à disposition devront, bien sûr, être éclaircis.

3. Une utilisation intense des potentialités des outils de communication du Web : Les compétences et les services spécifiques de la librairie se renforceront d’autant qu’elle profitera pleinement de l’utilisation des nouvelles techniques numériques (par exemple, le feuilletage en ligne d’ouvrages répondant aux questions ou à la curiosité des clients) permettant de s’ériger - au niveau local comme à l’extérieur de sa zone de chalandise directe - au rang de vitrine incontournable pour la promotion du livre et de l’écrit. Un système recommandant des titres, annonçant des événements ou la publication d’une newsletter devrait être systématisé pour avertir les clients selon leur centre d’intérêt, leurs demandes spécifiques ou pour mettre en avant des actions propres à chaque libraire et signaler par-là, davantage encore, ses compétences en matière de conseils personnalisés. Médiateur entre l’offre éditoriale et les besoins des consommateurs, le libraire a une carte maîtresse à jouer en offrant un service personnalisé à sa clientèle dans le cadre des relations privilégiées qu’il entretient avec elle depuis de longues dates.

4. Une grille de classification des librairies par spécialités : La profession doit développer un système de classification par spécialités des librairies à travers le territoire pour permettre un ciblage efficace des messages et des informations commerciales du numérique en provenance des diffuseurs et des distributeurs. Les libraires pourraient se trouver inondés par l’envoi de matériels promotionnels non ciblés. Par ailleurs, face à la prolifération attendue de contenus numériques, beaucoup de clients seront demandeurs de renseignements très précis et de conseils avisés auprès d’une source identifiée, fiable et reconnue pour ses prestations. Les libraires trouveront là une opportunité d’approfondir leur relation avec leur clientèle dans le monde numérique.

5. L’évolution des libraires vers la vente des contenus numériques : Il est indispensable que la librairie soit en mesure - au même titre que des revendeurs en ligne extérieurs au monde de la librairie et de l’édition traditionnelles (pure players, sites de grandes enseignes ou institutionnels, fournisseurs d’accès, opérateurs téléphoniques, etc.) – de commercialiser à des conditions concurrentielles les nouveaux contenus numériques et soit considérée comme un acteur majeur et qualifié de ce marché.

6. Expérimentation des marchés périphériques : Encourager la profession à expérimenter des services, des machines ou des solutions technologiques ou industrielles, comme l’impression à la demande (POD), permettant la diffusion et la commercialisation des contenus aussi bien libres de droits que sous-droits, avec respect des règles de propriété intellectuelle, afin d’en organiser et d’en développer le marché potentiel.

7. Acceptation et diffusion du message de la numérisation : Les professionnels de la librairie et de l’édition traditionnelles ne doivent pas craindre, a priori, la numérisation. Au sein de ces filières, des commissions ou groupes de travail ont été mis en place. La prise de conscience de l’opportunité qu’offre ce marché s’opérera d’autant mieux qu’on en présentera, éclaircira, explicitera son évolution et son fonctionnement. L’envoi électronique de bulletins d’informations réguliers à l’ensemble des professionnels permettra de les tenir au courant et de les sensibiliser, au travers d’une communication didactique, vivante et d’accès aisé. Il faudra aussi que la profession, par l’intermédiaire de son comité interprofessionnel expert, organise des rencontres avec la presse spécialisée et des forums d’échanges. Une conférence pourrait être organisée au début de l’année 2009 afin de discuter des propositions du présent rapport. Cela pourrait se dérouler, par exemple, au moment de l’évaluation du test Gallica2 prévue en mars 2009 au Salon du Livre de Paris.

8. Formation : Les libraires devront développer leurs compétences de spécialistes (par exemple, dans la commercialisation du numérique) en ayant accès à des formations spécifiques dispensées par des professionnels qui interviendraient au sein d’instances de formation en alternance et continue comme l’INFL, l’Asfored ou comme l’Université à travers ses cursus « métiers du livre ».

9. Investissement : La numérisation ainsi que le développement des contenus numériques qui en découlent sont des processus industriels et marchands marquant un véritable tournant civilisationnel. L’acceptation de leur apparition et l’apprentissage généralisé de leurs usages exigent un investissement de temps et de moyens sur le long terme. Le milieu de la librairie et de l’édition traditionnelles, ainsi que le marché qui leur est afférant, doivent se préparer à traverser une importante période d’expérimentations où investir dans la numérisation et dans le développement de contenus numériques est incertain puisqu’il y a peu, ou pas, de prévisions financières qui puissent justifier cet investissement en termes économiques quantifiables de retour sur investissements.

10. Préserver le lien de médiation des libraires entre les auteurs et les lecteurs : La tentation des auteurs de vendre leurs œuvres de façon numérique, soit directement, soit via des sites dédiés, est une réelle menace pour le marché du livre. S’il apparaît difficile d’éviter que les « poids lourds » de l’édition qui sont en position de force par rapport aux éditeurs ne suivent cette voie, la librairie peut conserver son rôle de médiation, notamment en assurant le lien avec les sites d’auteurs ou les sites communautaires qui sont conformes à son positionnement. Les éditeurs, quant à eux, devront renforcer leur rôle de filtre et de garant de la qualité des textes qu’ils publient. Éditeurs et libraires doivent rendre manifeste qu’ils sont capables de garantir une qualité de discernement qui est leur atout professionnel et qui les distingue d’un univers Web souvent touffu et où l’information est difficile à trouver, trier, valider et hiérarchiser.

Publié par admin le 6 juin 2008
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