3

Les ventes de livres en librairie traditionnelle sous format numérique se développeront de manière structurée aux trois conditions suivantes :
-Définition d’un statut juridique du livre numérique ;
- Adoption par l’ensemble des professionnels de normes techniques et commerciales communes propres au marché des contenus numériques ;
- Création d’un collège paritaire au sein d’un comité professionnel expert du marché des contenus numériques rattaché à une structure interprofessionnelle existante.


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Définition d’un statut juridique du livre numérique

Nous pensons que l’interprofession a intérêt à définir une notion de « livre numérique » (par exemple, œuvre complète vendue de façon pérenne et individuelle, reflétant le livre papier quand il existe) à laquelle ne saurait être assimilée la vente de contenus ou d’usages dérivés de ce contenu originel et matriciel. Les préconisations relatives au prix et à la TVA ne sont pas les mêmes dans les deux cas considérés. Sur le principe, et dans l’idéal, la législation du prix unique et le taux de TVA réduit s’appliqueraient au livre numérique, mais ne concerneraient pas les autres types de contenus numériques. Les usages liés à un document pouvant prendre une infinité de forme, la définition d’un statut du livre numérique ne sera rendue possible que dans un espace de concertation interprofessionnelle.


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Normes communes

Se mettre d’accord sur des normes techniques et commerciales communes sera difficile. Mais l’adoption de ces nouvelles normes conditionne le succès de la numérisation. Sans un accord sur des normes, les futures communications et transactions numériques entre éditeurs, libraires et consommateurs seront vouées à l’échec et réservées aux acteurs les plus importants. Les structures interprofessionnelles doivent donc accélérer la mise au point de ces normes, en utilisant les comités internationaux, dans une nouvelle chaîne logistique de commercialisation numérique concernant

Le prix
Il est entendu que l’éditeur reste maître de ses fichiers sources : c’est lui qui, pour chaque contrat avec ses auteurs, doit fixer le prix public ou, à tout le moins le prix de cession « plancher » des versions numériques issues de son catalogue.


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- Combattre donc la gratuité est un objectif majeur : il convient de refuser ce modèle qui mettrait en péril la rémunération juste des producteurs et des revendeurs et, donc, la création même.


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- le « Prix unique » est le modèle de référence, mais si ce prix ne peut pas être appliqué pour les formats numériques parce qu’ils ne sont pas identifiés comme des livres numériques, il faut néanmoins affecter à ceux-ci un prix de cession net minimum (au-dessous duquel il ne serait pas possible de les vendre : pas de tarification à zéro, ni de vente à perte, ni de « licence globale »).

- La multiplicité des formats va obliger à une modification de la rémunération de l’auteur et du détaillant. La rémunération des différents produits d’un texte numérique (textes granulaires, limitations durée, impression, etc.) ne pourra pas être opérée autrement qu’à partir d’un prix de cession, sauf à considérer un « livre numérique » clairement identifié comme tel (cf. préalable) pour lequel la logique du prix unique pourrait éventuellement être adoptée


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- La TVA à 5.5% doit rester un taux réduit exceptionnel dû à l’objet spécifique du « livre imprimé » et du « livre numérique » si un accord est trouvé sur sa définition (cf. § précédent). Il n’est donc pas demandé de révision du taux de TVA sur les autres types de contenus numériques.


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- Changer la TVA fragiliserait en effet le livre imprimé alors qu’il faut renforcer tout ce qui permet au papier de se différencier des nouveaux supports de diffusion de contenus numériques qui risqueraient d’altérer la notion d’œuvre ou de livre.


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- En revanche, il serait possible de prévoir qu’un contenu numérique identifié comme étant un « livre numérique » (lequel reposerait sur l’intégralité d’une œuvre, reflétant sa forme imprimée), pourrait profiter du taux spécifique propre au « livre imprimé ».

- Prendre absolument en compte la législation fiscale des pays vendeurs de contenus numériques et non pas appliquer la TVA des pays producteurs et dont la TVA peut être différente.
- L’identification et le référencement des œuvres

- Identifier clairement l’œuvre dans toutes ses versions afin de distinguer les versions numériques.

- Pour ce faire, s’appuyer sur une base de données spécifique qui devra réunir de façon normée l’intégralité des versions numériques d’une œuvre à partir des référencements opérés par les organisations expertes en la matière (telles Electre et Dilicom) en fonction des normes internationales qui se seront dégagées.

- L’information relative aux référencements doit être centralisée et accessible pour aider à une meilleure diffusion de l’information et une meilleure commercialisation des contenus.

- En aval, la constitution de la base numérique précédemment évoquée devra se faire sous la houlette des instances actuellement en charge des bases professionnelles du livre. Cette base devrait idéalement fusionner les apports Electre et Dilicom et travailler avec la BNF en étroite interopérabilité.


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- Cette base aurait vocation à être la base unique du livre (imprimé et numérique). Elle pourrait être mise à disposition pour les consommateurs par le biais des sites des libraires. La base professionnelle devrait être louée aux utilisateurs aux conditions économiques vertueuses d’une logique de mutualisation (par exemple, proches du modèle de Dilicom).

L’interopérabilité et la sécurité des formats


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Les formats numériques sortant sur le marché doivent avoir des paramètres internes donnant la possibilité de lire tous les fichiers à partir de n’importe quelle machine. Il faudra tout mettre en œuvre pour éviter que des fichiers soient vendus en exclusivité à certains acteurs sous des formats propriétaires.

La création d’un comité interprofessionnel expert fonctionnant de manière paritaire

Un comité interprofessionnel expert dans les questions du numérique doit être constitué sous la forme d’un collège paritaire par répartition (auteurs, éditeurs, diffuseurs, distributeurs, libraires). Celui-ci serait rattaché à une structure interprofessionnelle reconnue. Par exemple, le Cercle de la Librairie, la Société des Gens de Lettres (SGLD), la CLIL ou Dilicom qui sont des structures disposant déjà d’une légitimité et de méthodes de gouvernance reconnues par tous. Rappelons que Dilicom connaît déjà l’expérience de la constitution d’un tel comité avec son Comité EDI qui organise largement l’utilisation des échanges de données informatisés de la profession, au point d’être reconnu comme spécialiste de ces questions. Ce comité interprofessionnel expert dans les questions du numérique pourrait fonctionner sur les mêmes principes que le Comité EDI et en lien avec les organismes interprofessionnels internationaux. Il se réunirait en vue d’organiser des réunions et des rencontres officielles pour l’adoption de normes reconnues.

La nécessité d’amener la profession à travers un collège paritaire à se rencontrer doit se réaliser si celle-ci veut voir ses acteurs originels accueillir le numérique. Autrement, il sera difficile, voire impossible, d’établir une communication appropriée sur ce sujet et qui soit apte à convaincre ces mêmes acteurs de s’investir dans la promotion et la diffusion de contenus numériques.

Les professionnels de la librairie et de l’édition traditionnelles peuvent déjà profiter de la dynamique créée par la Commission numérique Alire-SLF. Les actions que poursuivrait l’interprofession seraient donc les suivantes :

- installer une coopération constructive entre les représentants de la librairie et ceux de l’édition en matière de commerce numérique ;

- créer un soutien de haut niveau pour un programme accéléré visant l’établissement de normes sur le marché du numérique ;

- promouvoir les propositions de ce rapport pour qu’elles soient adoptées et mises en application ;

- mettre en œuvre un programme approprié de recherches concernant l’expérimentation du marché numérique ;

- faire l’inventaire des expériences qui doivent être menées et par qui ;

- mettre au point un système approprié de classification des librairies ;

- encourager l’élaboration d’un programme de formation des libraires en matière de numérique.

Publié par admin le 6 juin 2008
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Commentaires

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C. Hagl on paragraphe 1:

“l’ensemble des professionnels”: uniquement sur le marché français, ou avec une volonté d’ouverture sur les éventuelles normes du marché international?

En d’autre termes, dans un futur idéal, le livre électronique français sera-t-il en mesure d’accueillir des livres du marché américain ou japonais?

23 juin 2008 4:42
admin on paragraphe 1:

Une ouverture aux normes internationales nous paraît être plus que nécessaire.

Le livre électronique n’existe pas en tant que tel.
Soit vous parlez de l’objet de lecture (tablette) : et l’enjeu consisterait à pouvoir lire un format non verrouillé.

Soit vous parlez du contenu. Et le format e-pub semble être une bonne approche.
Ou vous verrez les éditeurs sortir un “livre” numérique sous X formats selon les marchés, les usages et les détaillants.

Accueillir des ouvrages des marchés américains ? (C’est déjà le cas des ouvrages au format PRC de Mobypocket en distribution chez Numilog ou Bookeen) …

23 juin 2008 6:06
C. Hagl on paragraphe 1:

La définition par le public du ‘livre électronique’ est vague, mais évoque quand même quelque chose. En l’occurrence, la question se pose dans les deux sens: compatibilité du matériel français avec le contenu étranger, et réciproquement…

Même sachant que c’est déjà le cas, il semble important de s’assurer que la compatibilité reste assurée quoi qu’il arrive.

23 juin 2008 6:58

[...] le fond, on s’intéressera donc aux préconisations clefs. Surpris de voir émerger la définition de normes communes, alors que les expérimentations [...]

25 juin 2008 7:10

[...] le fond, on s’intéressera donc aux préconisations clefs. Surpris de voir émerger la définition de normes communes, alors que les expérimentations [...]

25 juin 2008 8:08
Hubert Guillaud on paragraphe 2:

Votre définition est trop restrictive. Elle implique un seul et unique mode de vente du livre et grosso-modo, un seul type de livre : le .pdf d’un livre existant. Or, on ne peut pas croire que l’avenir du livre repose dans une copie faite pour le support papier au format numérique.

La seule façon de faire de la vente pérenne, c’est pas de vendre à l’unité (extrême volatilité des contenus sans supports), mais de vendre des accès. La vente à l’unité, quant à elle ne marche quasiment pas. Vous condamnez d’emblée la vente à l’abonnement, alors qu’elle est la seule qui dégage déjà des bénéfices (cf. Safari d’O'Reilly) !!!

25 juin 2008 17:05
Hubert Guillaud on paragraphe 3:

Si les usagers et les innovateurs avaient attendus les normes pour avancer…

25 juin 2008 17:06
Hubert Guillaud on paragraphe 5:

Je ne peux pas une seule seconde accepter ce principe. La gratuité doit être expérimentée au même titre que les autres procédés commerciaux. Paolo COhelo donne ses livres sur l’internet et cela ne l’empêche pas d’en vendre, au contraire… Il en vend peut-être plus grâce à cela. Je ne pense pas que ce soit une panacée, mais si demain le marché du livre électronique était sur la gratuité, tout votre modèle se casserait la figure. On ne peut pas exclure ainsi cette donnée. On peut dire qu’on ne la souhaite pas, oui. Mais la refuser (d’autant que rien n’est gratuit sur le net, elle est toujours le fait de compensations).

25 juin 2008 17:09
Hubert Guillaud on paragraphe 6:

Je serais assez partisan d’un prix unique du livre numérique sur une durée test de 3 ans par exemple.

Mais en même temps, si on s’y prend trop tôt, on risque de geler l’innovation des offres par abonnement, des tarifications gratuites, etc. bref d’un fourmillement d’innovations commerciales que le format permet. Je crois qu’il faut se battre sur un autre terrain que sur celui du prix : le pourcentage à l’auteur, le pourcentage au vendeur, etc. Pour faire de manière à que ce que régule le prix unique du livre aujourd’hui, serve dans le numérique à réguler aussi le marché, mais en s’adaptant à ses contraintes et non pas en le jugulant. Pour ma part, une licence globale qui alimenterait un fond pour le développement du livre numérique, je trouverais ça pertinent…

25 juin 2008 17:16
Hubert Guillaud on paragraphe 8:

Comme les prix de ventes sont plus bas, une TVA plus forte n’est pas gênante, tant que le marché du livre électronique est faible.

25 juin 2008 17:18
Hubert Guillaud on paragraphe 9:

Ah, la raison n’est pas très bonne. ;-(
Evitons de dresser les contenus numériques contre les contenus papiers. L’oeuvre ou le livre existent aussi au format numérique, dans toute leur entièreté. La TVA à 5,5 et le prix unique sont là pour sauvegarder la chaine du livre papier, car c’est une industrie culturelle primordiale.

25 juin 2008 17:20
Hubert Guillaud on paragraphe 16:

J’ai horreur des goulots d’étranglement. Une base unique du livre ! Quelle horreur ! Pourquoi unique ? Pourquoi ce pool de partenaires ? Pourquoi pas d’autres acteurs, mêmes privés ? Quid des bibliothèques ?…

25 juin 2008 17:23
Hubert Guillaud on paragraphe 18:

Oouaouuu ! Des formats ouverts ! Pincez-moi, je rêve !

25 juin 2008 17:24
Hubert Guillaud on page entière :

Etrange, à lire le rapport, on a l’impression que ces préconisations n’y sont pas vraiment développées, comme si elles venaient d’ailleurs, comme si elles étaient plaquées là…

Les préconisations sur la collaboration avec les auteurs, les préconisations sur la valorisation de l’expertise des libraires ne sont pas là. Ici, on ne parle que gouvernance (prix, droit, base, surveillance). Comme si tout le reste ne relevait pas des préconisations… Effectivement les préconisations sont le plus important d’un rapport. Dommage, ici, comme souvent, elles sont ce qu’il y a de moins intéressant et de moins innovant.

25 juin 2008 17:34
Racketiciel on paragraphe 5:

Ridicule ! Cette ligne suffit a décrédibiliser la suite pour moi. L’ancien mode se demasque face au nouveau monde.
1/ la gratuité est une occasion unique de lutter contre l’ignorance
2/ seule une tres faible proportion des auteurs vive exclusivement de leur oeuvre
3/ le choix entre un matériel payant (un livre imprime sur du papier) et un immatériel gratuit n’est pas nécessairement en faveur de l’immatériel !!
4/ le role des editeurs est termine, et alors ? (et je pense qu’il ne l’est pas, en plus !)

2 juillet 2008 17:20
MP on paragraphe 5:

Comme Hubert je suis totalement opposé à cette proposition de “combattre la gratuité”. Par nature la littérature est gratuite, les phrases de tous les auteurs de l’histoire jusqu’au début du XXe siècle sont gratuites. La libre diffusion gratuite vaut autant pour la recherche scientifique que pour la littérature. Une phrase de Proust n’est pas payante, même si un lecteur pourra souhaiter volontairement payer pour l’obtenir sur un support quelconque. En tant qu’écrivain, j’écris gratuitement et ce n’est que par exception, pour une durée temporaire et pour certains textes, que je vends mes oeuvres (je pense que de plus en plus il s’agira de vendre des tirages limités luxueux sur “beau papier”). Donc, mieux vaudrait opter dans vos préconisations pour quelque chose comme “Limiter la gratuité”, qui est moins défintif.

4 juillet 2008 3:14
Hentz Laurent on paragraphe 5:

Il semble assez “utopique” de lutter contre la gratuité sur Internet.
Si les prix des livres sont jugés trop élevés par les internautes, comme ce fut le cas dans la musique, le piratage se développera fortement.
Celui ci sera d’autant plus facile que les livres seront déjà en format numérique, et il existe déjà des logiciels pour cracker les clés de protection de Mobipocket par exemple.
Pour les mêmes raisons, le prix unique du livre semble difficilement applicable sur le Web.
En refusant cette réalité, on risque de réitérer les mêmes erreurs qui ont été faites dans la musique et le secteur de l’édition pourrait gravement en souffrir.
Il faudrait plutot penser, à mon sens, à des modèles de financement mixtes qui exploiteraient toutes les possibilités d’Internet et qui ne sont pas compatibles avec la notion d’un livre numérique “figé”.
En ce qui concerne les auteurs, leur future rémunération dépendra aussi beaucoup de leur pouvoir de négociation face aux maisons d’édition. Les modèles qui se profilent pourrait leur être favorable s’ils anticipent les changements et percoivent des montants plus justes par rapport au cout de production et de diffusion d’un livre numérique, fut il payant ou financé par la publicité…

11 juillet 2008 11:12

[...] un bibliothécaire ou un libraire pour nous repérer dans cette jungle…En écho, la cinquième préconisation du rapport de la commision numérique du SLF :”Combattre donc la gratuité est un objectif majeur : [...]

11 juillet 2008 11:42
Antonutti on paragraphe 10:

Le livre imprimé est un objet parfait, il se déploie dans un cadre culturel et commercial constitué depuis plusieurs siècles. Il est illusoire de penser que l’on va mouler la production numérique dans une reproduction du livre imprimé. C’est plutôt en inventant une nouveau modèle de diffusion des savoirs que l’on parviendra à maintenir une filière économique du secteur. Utiliser les potentiels du numérique avec les services logiciels liés, les adaptations tarifaires selon les services, la mise à jour doit être l’objectif. Le livre imprimé a encore une longue vie devant lui…Je ne pense pas que le livre numérique lui ressemblera….

6 août 2008 7:10
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